Arrachée lors du Front populaire en 1936, la semaine de 40 h (soit 5 journées de 8 h) est supprimée par le gouvernement radical de Daladier pour le plus grand bonheur du patronat. Pour Daladier, président du Conseil, la loi des 40 heures était une « loi de paresse et de trahison nationale ». Ses décrets-lois, publiés le 12 novembre 1938, font repasser la semaine de travail à 48 h. A Billancourt les travailleurs de Renault se mettent en grève.

Alors que la CGT a décidé d’une grève pour la fin du mois de novembre, les métallurgistes n’attendent pas. La grève et les occupations d’usines débutent dans les usines métallurgiques du nord de la France (notamment dans le bassin d’Anzin). Les usines Renault de Billancourt sont touchées le 24 novembre avec 9 autres usines du département de la Seine.
A Billancourt, ce qui met le feu aux poudres, c’est un avis placardé par la direction qui annonce le retour de la semaine de 6 jours. Dès 14h20, les 30 000 ouvriers se mettent en grève et l’usine est occupée avec piquets aux portes.
Alors que les autres usines de la Seine sont évacuées dans le calme (notamment Bloch à Courbevoie, Blériot à Puteaux et Citroën à Levallois), la situation est très différente chez Renault. L’ampleur de la répression est impressionnante : selon Le Petit Parisien du 25 novembre, 150 pelotons de gardes mobiles et 1 500 agents sont mobilisés pour évacuer l’usine. Des blindés sont même présents. A 22 h, les gaz lacrymogènes sont utilisés pour venir à bout des 3000 grévistes encore présents dans l’usine. A 1h30, l’usine est évacuée. Plus de 500 ouvriers sont arrêtés dont 283 seront poursuivis (les condamnations vont de six jours à deux mois de prison et de 25 à 100 francs d’amende[1]). Le Petit Parisien fait état d’une vingtaine de blessés parmi les forces de l’ordre.
Le lock-out patronal est désormais effectif : les ouvriers sont obligés de se faire réembaucher. 1863 ouvriers sont licenciés pour solde de tout compte. A cela s’ajoute la répression contre les dirigeants syndicaux.
La grève générale du 30 novembre à l’appel de la CGT ne change pas la donne. Vaincus, les ouvriers maintiennent cependant leur confiance dans la CGT qui obtient 72 % des voix aux élections de décembre 1938 à Billancourt. Comme le souligne Gilbert Hatry[2] « si la grève du 24 novembre avait porté un rude coup à l’action syndicale, elle ne l’avait pas anéantie pour autant » [3].
Samuel Serre, IHS CGT 92
[1] Louis Renault : faits et vérité, le Guide du militant de la métallurgie, n° 237, Montreuil, 1995, p. 9
[2] Syndicaliste CGT chez Renault, il fut le fondateur de la Section d’histoire des usines Renault en mars 1970
[3] Cahiers d’Histoire Renault, n°29, décembre 1984, p.199