Pour une CGT féministe, combative et revendicative

Journée confédérale de préparation du 8 mars 2026

Chaque année le 8 mars est la journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Cette journée fait office de piqure de rappel par rapport aux inégalités dont sont victimes les femmes, dans la société comme au travail. Le 17 février 2026, de nombreuses militant·es féministes se sont réuni·es au siège de la CGT à Montreuil pour aller plus loin dans l’organisation des mobilisations pour ce 8 mars 2026.

Photo de l'assemblée réunie devant la tribune où les différentes interventions et tables rondes ont eu lieu.
Montreuil, le 17 février 2026

1ère table ronde : « S’appuyer sur la directive transparence pour gagner l’égalité salariale Femmes – Hommes »

L’objet de la table ronde était d’aborder la transposition de la directive européenne sur la transparence salariale. Sur laquelle la CGT a déjà porté des revendications.

Les échanges ont été riches, voici ce qui peut en être retenu.

Une transposition qui a peu de chance d’être effective le 7 juin 2026. Le 15 janvier, le gouvernement avait annoncé une loi présentée en février 2026. Depuis, plus rien côté privé et pas grand-chose côté public non plus. Et les bruits de couloirs évoquent un abandon du gouvernement de rentrer dans les clous fixés par l’UE.

Des risques que la transposition de cette directive puisse aussi être à contrecourant pour les droits des travailleuses. La directive propose des seuils de salaire qui n’existent pas dans le droit français et pourraient être utilisés par le patronat pour plafonner les salaires des femmes. La directive parle aussi de sanctions « dissuasives » et le gouvernement propose des sanctions uniquement en cas d’inaction des employeurs sur le sujet de l’égalité. Pour la CGT c’est trop flou, les employeurs doivent être sanctionnés si l’égalité n’est pas rétablie.

Il est urgent de reconnaître les qualifications des travailleuses.  La loi Roudy de 1983 établissait déjà le principe d’une rémunération égale pour un travail de valeur égale. Pour que cela soit possible il y a un enjeu à retravailler les grilles de classifications, branche par branche. Aujourd’hui, les savoir-faire des métiers féminisés sont invisibilisés dans ces grilles. Aucun travail ou savoir-faire n’est naturel, tout s’apprend soit par l’expérience soit par le cursus diplômant. Penser les biais de sous valorisation du travail réel et s’y intéresser plutôt que de considérer le niveau d’emploi (grades, postes), voilà des clés pour gagner l’égalité.

En France, le travail de valeur égale n’existe pas dans la fonction publique, domaine très largement féminisé. Les métiers sont encore très genrés. Sur 583 métiers recensés, seulement 18 sont mixtes. Aussi la directive européenne mentionne les discriminations (notamment sexistes) dans les secteurs privé et public.

Du côté de l’Espagne, Maricruz Elkoro (militante du syndicat basque ELA1) considère que la directive n’impose pas de sanction, et ne croit pas que ça puisse changer avec le légal ou les tables des négociations institutionnelles. ELA n’est donc pas convaincu que la transposition de la directive européenne apporte du mieux en Espagne.

Pour l’égalité, ELA a revu son organisation interne sur les dernières décennies. ELA est une organisation syndicale ayant accompagné de multiples luttes de travailleuses, de long terme et gagnantes. Maricruz Elkoro considère que c’est la mise en place d’une méthode en interne dans les années 2000 qui a été l’un des prémices du changement dans l’organisation. Cette méthode avait pour objectif d’analyser et comprendre pourquoi les femmes ne participaient pas à la vie syndicale. Ce qui a poussé peu à peu l’organisation à incorporer un certain nombre de changements, jusqu’à la déconstruction complète de leur modèle d’organisation qui a été l’élément déclencheur de l’obtention de résultats très positifs sur l’égalité. Syndicat féministe depuis 2 000, de plus en plus de jeunes et plus de femmes adhèrent. Actuellement plus de la moitié de la direction de ELA est assurée par des femmes. Symbole de la conscience de l’importance des luttes féministes chez ELA, il existe aujourd’hui une caisse de grève permanente pour les travailleuses. Celle-ci est alimentée automatiquement avec un pourcentage prélevé sur la cotisation (25%) des 104 000 travailleurs et travailleuses.

  1. Euskal Langileen Alkartasuna – Solidarité de Travailleurs et Travailleuses Basques ↩︎

Concert de Jodie Coste

Jodie Coste artiste en train de chanter à la guitare

Cette autrice-compositrice, rappeuse et musicienne franco-italo-congolaise est aussi l’Ambassadrice de l’Union Nationale des Familles de Féminicides (UNFF).

Artiste indépendante et engagée, elle a interprété quelques titres comme « pas homophobe », « si j’avais su », « soleil, étoile », ou encore « lo/ve » et « plus jamais la même » qui traitent des féminicides. A écouter, à découvrir…

Les revendications se portent aussi en musique !


Intervention de Sophie Binet

Photo de Sophie Binet en plein discours en tribune devant l'assemblée réunie devant elle.
Sophie Binet, la Secrétaire Générale de la CGT

Voici les éléments à retenir.

Le patronat mène une bataille acharnée pour supprimer la directive, à l’échelle européenne et en France. Cette directive peut permettre de mettre en place des sanctions. La première bataille à gagner pour les travailleuses et travailleurs est l’égalité salariale et elle se gagnera sur le terrain, dans les entreprises. Cette directive doit être l’occasion de relancer la bataille pour l’égalité salariale.

Au sein de notre organisation, il y a un vrai risque d’oublier les enjeux sur l’égalité salariale si l’organisation ne priorise que le combat contre les Violences Sexistes et Sexuelles au Travail. Il faut faire, par les syndicats, la question centrale de l’égalité salariale pour que celle-ci soit au même niveau que celle pour les augmentations de salaire. Sans oublier de reprioriser la mise en lumière des conséquences des temps partiels. Mais aussi plus généralement l’ensemble des impacts sur les déroulements de carrière des femmes et pour la reconnaissance des qualifications sur les métiers féminisés. Résoudre les inégalités, c’est renforcer la syndicalisation.

La bataille contre l’extrême droite s’intensifie. En atteste le violent retour de bâton de l’extrême droite avec les mouvements masculinistes avec de nombreuses offensives : remise en cause du droit à l’IVG, des médias « va-t-en-guerre », la réouverture des maisons closes à contre-courant avec les positions abolitionnistes de la CGT. La récupération des batailles féministes avec des associations qui se disent féministes et font croire que ce sont les hommes racisés qui oppriment les femmes (comme si les cas des affaires Pélicot, Depardieu ou Epstein n’existaient pas).

La CGT doit se renforcer. En interne, la cellule de veille existe depuis déjà 10 ans. Le cadre commun vient d’être révisé et sera proposé en annexe des statuts de la CGT lors du 54ème congrès (du 1er au 5 juin 2026 à Tours).

Cette intervention s’est terminée par un hommage à toutes les travailleuses du monde déjà en lutte : « Soooooooo so, solidarité ! Avec les femmes, du monde entier ! »


2ème table ronde : « Lutter contre les violences sexistes et sexuelles dans la CGT grâce au Cadre Commun d’Action (CCA) »

En introduction, Myriam Lebkiri (secrétaire confédérale référente de l’activité Femmes-mixité) a rappelé que le sexisme est encore trop souvent banalisé dans la société. Aujourd’hui, moins de 0,4% des viols déclarés aboutissent à une condamnation. Et 1185 femmes ont été victimes de féminicides ou de tentatives l’an passé.

Maryse Dumas a rappelé l’historique des luttes féministes dans la CGT : le droit au travail, le droit de vote, le droit à l’avortement, le droit à disposer de son corps. Le prochain congrès sera seulement le 8ème congrès confédéral qui modifiera les règles au sein de la CGT pour une meilleure prise en compte de la place des femmes :

  • 1945 : mandatement de la première camarade femme, Marie COUETTE, dans le bureau confédéral.
  • 1995 : modification du préambule des statuts de la CGT pour compléter « fin des systèmes d’exploitation et de domination »..
  • 1999 : première commission exécutive confédérale paritaire.
  • 2013 : la charte égalité est annexée aux statuts de la CGT.
  • 2019 : la CGT se revendique féministe.
  • 2023 : Sophie Binet devient la 1ère femme Secrétaire Générale de la CGT.
  • 2026 : cadre commun d’action contre les VSS en interne annexé aux statuts ?

Maryse Dumas est revenue sur la notion de mixité qui est pour elle le rempart à la ségrégation par sexe et doit permettre l’égalité. Longtemps la CGT a opposé la lutte pour l’égalité avec la lutte des classes. Pour Maryse Dumas, mener les deux conjointement permet de « tout bousculer ».

Après un rappel historique des différentes vagues féministes dans la société, Maryse Dumas explique qu’à chaque fois des forces se sont opposées au sein de la CGT et qu’il est donc logique de proposer un cadre.

S’en est suivie une présentation des évolutions du Cadre Commun d’Action (CCA) que vous pouvez télécharger en cliquant ici.

Photo avec 5 camarades femmes souriantes tenant des petits drpaeaux féminites avec les mentions "Liberté, égalité, sororité".

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